La plus vaste opération antipiratage jamais menée autour d'un seul tournoi s'est terminée sur un chiffre que personne à Hollywood ne voulait voir. Operation Offsides a saisi plus de mille domaines autour de la Coupe du monde 2026, et les sites saisis ont tout de même cumulé plus de 156 millions de visites sur le seul mois de juillet. La Motion Picture Association en tire sa conclusion : les États-Unis ont besoin du blocage judiciaire, le seul outil coercitif qui leur manque encore.
Ce que l'opération a réellement produit
Les autorités américaines et leurs partenaires ont retiré plus de 1000 domaines, et près de 2000 autres ont été bloqués en Amérique latine. Sur le papier, c'est un record. En pratique, le public n'a pas disparu avec les domaines : le trafic des sites saisis a dépassé 156 millions de visites en juillet, et un agrégateur hispanophone hébergé dans la zone russe .su aurait attiré plus de 200 millions de visites le même mois.
Les opérateurs n'ont pas fermé, ils ont déménagé. Buffstreams, Footybite, Totalsportek et Nflbite sont réapparus dans la zone iranienne .ir, hors de portée des demandes américaines, d'autres sont restés sur .su. Saisir un domaine supprime une adresse, pas une activité.
L'argument de la MPA
Le président de la MPA Charles Rivkin et le directeur de l'IPR Center Ivan Arvelo le disent sans détour : les saisies "ne démantèlent pas l'activité", et il faut tous les outils disponibles, "au premier rang desquels" le blocage judiciaire aux États-Unis. Leur chiffre d'appui : le blocage existe déjà dans près de 60 pays, ce qui transforme la position américaine en exception statistique.
Le Congrès n'a jamais été aussi proche. Darrell Issa, président de la sous-commission de la propriété intellectuelle à la Chambre, a indiqué fin juin qu'un accord bipartisan entre les deux chambres était proche et que les propositions antérieures seraient fusionnées en un texte. Rien n'a encore été déposé, mais la direction ne fait plus débat.
Pourquoi une loi de blocage ne s'arrête pas aux sites pirates
Le blocage ne reste jamais dans les limites de la première liste de domaines. L'expérience européenne est le meilleur argument contre l'idée d'un outil étroit, et nous en avons suivi chaque étape :
- La France a légalisé le blocage en temps réel des flux sportifs : une adresse peut être coupée pendant le match, avant qu'un juge ne la voie. Comment fonctionne le blocage en temps réel.
- Le Canada a étendu une ordonnance à des sites qui n'existent pas encore : la liste se complète d'elle-même à mesure que des miroirs apparaissent. L'ordonnance qui couvre les domaines futurs.
- La Belgique a imposé l'exécution à Cloudflare et Google, déplaçant l'obligation des fournisseurs d'accès vers les entreprises d'infrastructure. Ce que la Belgique a demandé à Cloudflare et Google.
- La Bulgarie est le contre-exemple : sa Cour suprême a jugé le blocage juridiquement impossible en l'état. C'est précisément ce garde-fou judiciaire que le débat américain tente d'anticiper. Pourquoi la cour bulgare a refusé.
Le schéma se répète. Un régime de blocage commence par les domaines, atteint les résolveurs DNS, puis bute sur la question des outils avec lesquels les gens rejoignent quand même l'adresse bloquée. C'est ainsi que le trafic VPN entre dans un débat sur le droit d'auteur qu'il n'a pas demandé.
Ce que cela change pour un utilisateur ordinaire aux États-Unis
Le blocage judiciaire ne lit pas le contenu du trafic et ne vise pas des individus. Il change en revanche la forme du réseau que vous utilisez. La mise en œuvre passe d'abord par le DNS : concrètement, des domaines qui ne se résolvent plus, des redirections vers une page d'information et un internet qui se comporte différemment selon le résolveur fourni par l'opérateur.
La place du chiffrement, honnêtement
Un tunnel chiffré change le résolveur qui répond et le réseau qui voit vos requêtes : les blocages DNS cessent de s'appliquer. C'est un constat technique, pas un encouragement au piratage : le même mécanisme protège le voyageur dont l'hôtel détourne le DNS et le lecteur d'un pays où un site d'information est bloqué. C'est aussi pourquoi les lois de blocage dérivent avec le temps vers les tunnels, et pourquoi la rédaction du texte américain comptera plus que son titre.