La Belgique vise Cloudflare et Google pour bloquer l'IPTV, mais épargne le DNS

23.07.2026 1
La Belgique vise Cloudflare et Google pour bloquer l'IPTV, mais épargne le DNS

Une nouvelle ordonnance belge de blocage de sites montre à quel point la lutte anti-piratage en Europe s'enfonce désormais dans la plomberie d'internet. Obtenue par les diffuseurs RTL Belgium et RTBF, l'ordonnance ne se contente pas d'ordonner aux fournisseurs d'accès de bloquer cinq services IPTV illégaux. Elle nomme aussi directement Cloudflare et Google, entraînant les géants de la diffusion de contenu et des plateformes dans la machine à bloquer. Pourtant, dans la même ordonnance, le tribunal a discrètement reculé sur un front: il n'a pas contraint Cloudflare et Google à bloquer via leurs résolveurs DNS publics.

Ce que fait vraiment l'ordonnance belge

La Belgique est devenue l'un des terrains d'essai les plus actifs d'Europe pour le blocage de sites. Son système en deux temps, où un tribunal prononce une injonction puis un organisme public décide comment l'appliquer, produit un flux continu d'ordonnances depuis le lancement du cadre en 2025. La plus récente vise cinq opérations IPTV pirates et, fait notable, dépasse les simples fournisseurs d'accès pour atteindre Cloudflare et Google. Le message est clair: les ayants droit ne s'arrêtent plus à la couche des FAI, ils veulent que les entreprises qui hébergent, acheminent et exposent le contenu agissent aussi.

Pourquoi le DNS a été épargné cette fois

Le détail frappant est ce que l'ordonnance a laissé de côté. Cloudflare et Google n'ont pas été obligés de bloquer les sites via leurs résolveurs DNS publics, un recul qui reflète presque certainement les retombées juridiques d'anciens mandats belges. Les précédentes ordonnances de blocage DNS étaient assez contestées pour que Cisco retire temporairement son service OpenDNS du pays plutôt que d'obtempérer. Les entreprises d'infrastructure soutiennent depuis longtemps que forcer les résolveurs DNS à censurer est à la fois techniquement maladroit et facile à contourner. Google l'a dit sans détour aux régulateurs européens, avertissant que bloquer les VPN et le DNS est inefficace et nuisible et risque un surblocage massif de services légitimes.

Le blocage grimpe dans la pile internet

La tendance de fond est que les ordonnances de blocage montent dans la pile. Elles ont commencé au niveau des FAI, ont atteint les réseaux de diffusion et les résolveurs DNS, et visent désormais de plus en plus les fournisseurs de VPN. La France a offert l'exemple le plus net lorsqu'un tribunal de Paris a ordonné à cinq grands VPN de bloquer des flux pirates. Chaque nouvelle couche que les tribunaux tentent d'enrôler élargit les dommages collatéraux, car les résolveurs DNS, les CDN et les VPN sont une infrastructure partagée utilisée par des millions de gens ordinaires pour la vie privée, la sécurité et la navigation quotidienne, pas seulement par une poignée de pirates.

Là où le droit résiste

La répression n'avance pas sans opposition. La même semaine, la plus haute juridiction d'Europe a apporté un contrepoids en jugeant que les VPN sont une technologie légitime et que les fournisseurs ne sont pas responsables lorsque des utilisateurs contournent le géoblocage. Ailleurs, la Cour suprême de Bulgarie a jugé le blocage large des sites pirates juridiquement impossible selon ses règles. Le résultat est une carte fragmentée: certains tribunaux étendent les ordonnances vers le haut de la pile, d'autres posent des limites strictes, et l'exception DNS belge se situe exactement sur cette ligne de faille.

Important: les ordonnances de blocage sont rédigées autour du piratage, mais les outils qu'elles exigent - filtrage au niveau du résolveur, blocages de CDN, restrictions de VPN - sont les mêmes qui peuvent discrètement rétrécir l'internet ouvert pour tous. Le surblocage de sites légitimes est un effet secondaire documenté, pas une hypothèse.

Pour un utilisateur ordinaire, la leçon pratique porte sur la résilience plutôt que sur le piratage. À mesure que le filtrage s'étend aux FAI, au DNS et aux plateformes, les parties de votre connexion que vous contrôlez vraiment comptent davantage. Un VPN chiffre votre trafic et déplace vos requêtes DNS hors d'un résolveur local filtré, ce qui explique pourquoi les tribunaux le lorgnent, et pourquoi la reconnaissance juridique du VPN comme technologie légale compte tant. Le sens de l'histoire en Europe est plus de filtrage à plus de couches, et savoir quelle couche bloque est le premier pas pour comprendre ce qui fonctionne encore.

Conclusion: l'ordonnance belge est un instantané d'une bataille européenne sur la profondeur du blocage. Nommer Cloudflare et Google tout en épargnant leur DNS montre des autorités qui testent chaque couche et reculent là où le droit mord. Pour l'instant les tribunaux sont divisés, mais la tendance est nette: le blocage du piratage devient un blocage de l'infrastructure internet, et la frontière entre les deux est exactement ce que la prochaine série d'affaires tranchera.
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