La Diète polonaise adopte à nouveau une loi de blocage de sites sans juge

09.10.2026 4 min 7

La chambre basse polonaise a de nouveau adopté une loi qui permettrait au régulateur des télécommunications d'ordonner le blocage de contenus en ligne sans passer d'abord par un juge. La Diète (Sejm) a voté le texte le 8 octobre par 242 voix contre 61, avec 136 abstentions. C'est la deuxième tentative du gouvernement : en janvier, le président Karol Nawrocki avait opposé son veto à la première version, la comparant à la censure du "1984" d'Orwell. Le texte part maintenant au Sénat, puis retourne chez le président.

Qui pourrait bloquer quoi

Le projet transpose dans le droit polonais le règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act, DSA) et ajoute une procédure nationale de retrait des contenus illicites. Les ordres de blocage pourraient émaner des tribunaux et des "autorités compétentes" : le président de l'UKE, le régulateur des télécommunications, et, pour certaines plateformes vidéo, le président de la KRRiT, le conseil de l'audiovisuel. Les procureurs, la police, l'administration fiscale nationale (KAS) et les gardes-frontières pourraient demander un blocage rapide. Parmi les cas cités figurent les contenus pédopornographiques, l'usurpation d'identité, la fraude et la violation du droit d'auteur. Le site tech polonais Android.com.pl range parmi les cibles les services de streaming sans licence, les sites de musique et de livres piratés, les fausses boutiques en ligne, les pages d'hameçonnage et certains canaux publics sur les messageries et les réseaux sociaux.

Les plateformes et les autres fournisseurs de services en ligne devraient bloquer tout ce que mentionne un ordre. L'UKE tiendrait aussi un registre des sites servant à diffuser des contenus illicites. Une personne dont la publication a été bloquée pourrait en demander le rétablissement, mais seulement après avoir d'abord déposé une réclamation via le système de signalement de la plateforme, puis contester l'ordre devant un tribunal ordinaire. En principe, un ordre ne prendrait pas effet tant qu'il est contesté. Un amendement du PiS et de Polska 2050 rend immédiatement exécutoires les ordres visant les contenus sexuels impliquant des mineurs ou des animaux et les contenus particulièrement explicites.

Pourquoi le texte revient maintenant

Le règlement sur les services numériques s'applique dans toute l'UE depuis février 2024, et la Pologne risque des amendes de la Cour de justice de l'UE pour n'avoir pas adopté de règles nationales. Le vote est aussi intervenu après deux attaques dans des écoles : le 7 octobre, un jeune de 19 ans a poignardé neuf personnes dans un lycée professionnel à Ostrołęka, et le 8 octobre, un adolescent de 15 ans en a poignardé trois dans une école près de Wyszków, tuant un agent d'entretien de 37 ans. Le Premier ministre Donald Tusk a déclaré que l'essentiel du mal qui attire les jeunes vers la délinquance se cache sur internet et que l'État doit pouvoir bloquer immédiatement les discours de haine. Le ministre du Numérique Krzysztof Gawkowski a affirmé que la Pologne devait avoir "un fouet pour les plateformes numériques".

L'opposition de la Konfederacja a voté contre et le PiS s'est abstenu. Zbigniew Bogucki, chef de la chancellerie présidentielle, a déclaré que le nouveau texte diffère peu de celui qui avait été rejeté et que le président signerait une bonne loi.

Ce qui changerait

Dans l'UE, seule une poignée de pays permettent aux autorités de bloquer des sites sans décision préalable d'un juge, parmi lesquels l'Italie, la Grèce, le Portugal et l'Allemagne. Notre guide pays par pays du blocage sans tribunal les recense. Si le Sénat adopte le texte et que Nawrocki le signe cette fois, la Pologne rejoindrait cette liste. Un juge n'examinerait un blocage que si quelqu'un le conteste, et non avant que le contenu ne disparaisse. La question ouverte reste celle de la signature du président, puisque sa propre chancellerie affirme que le nouveau texte diffère peu de celui qu'il a rejeté.

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