La justice belge confirme le blocage du football pirate sur les résolveurs DNS publics

17.09.2026 10 min 8

Google, Cloudflare et Cisco ont perdu leur recours contre l'ordonnance belge qui oblige les résolveurs DNS publics à bloquer les flux pirates de football. Le 20 août, le président du tribunal de l'entreprise francophone de Bruxelles a rejeté l'essentiel de leur argumentation : les résolveurs alternatifs peuvent techniquement bloquer des domaines, les sociétés n'ont pas démontré que le coût serait disproportionné, et le risque de toucher des utilisateurs proches de la frontière par des erreurs de géolocalisation n'y change rien. L'ordonnance, obtenue par le diffuseur sportif DAZN, conserve son astreinte de 100 000 euros par jour, désormais comptée uniquement les jours où DAZN diffuse des matchs en direct et plafonnée à 20 millions d'euros par société. Le service belge de lutte contre la piraterie a publié les modalités d'exécution le 7 septembre et TorrentFreak les a rapportées jeudi : jusqu'à 100 nouveaux domaines par semaine, blocages activés 90 minutes avant le coup d'envoi, cinq jours ouvrables pour que les résolveurs chargent chaque mise à jour. Cisco a indiqué au service qu'il retirerait OpenDNS de Belgique une seconde fois plutôt que d'intégrer cela à son service, et annonce un appel.

En bref

  • L'affaire a commencé par la requête unilatérale de DAZN du 25 mars 2025, quelques jours avant les play-offs de la Jupiler Pro League, et l'ordonnance du 28 mars 2025 qui visait le 8.8.8.8 de Google, le 1.1.1.1 de Cloudflare et l'OpenDNS de Cisco aux côtés des FAI. Cisco a quitté la Belgique en avril 2025, est revenu quand le tribunal a suspendu sa part en juillet 2025, et dit maintenant qu'il repartira.
  • La liste de blocage est passée de 58 à 258 domaines depuis l'ordonnance initiale. DAZN prévient le service au moins sept jours ouvrables à l'avance de la journée de championnat visée ; les résolveurs disposent de cinq jours ouvrables pour appliquer.
  • Le tribunal a abandonné l'exigence de rediriger les utilisateurs vers une page d'avertissement et excuse « une erreur exceptionnelle de géolocalisation » ; il a maintenu l'astreinte quotidienne et le principe qu'un résolveur est un intermédiaire à qui l'on peut ordonner de filtrer.
  • Pour un téléspectateur belge, la carte a changé : un résolveur public étranger ne contourne plus le blocage, il reste un résolveur auto-hébergé ou un VPN, tous deux légaux. C'est la même couche que le nouveau projet de loi américain de blocage de sites veut atteindre.

Ce que le tribunal a décidé

Le jugement lui-même n'a pas été publié ; ce qui est public, c'est la décision d'exécution du service anti-piraterie du 7 septembre, qui le résume. Trois points portent l'essentiel. Premièrement, le juge a estimé techniquement possible pour un résolveur DNS alternatif de bloquer des domaines, ce qui était la défense centrale des sociétés en avril, quand l'avocate de Cloudflare qualifiait les mesures DNS de « très spécifiques » et techniquement problématiques et que Cisco disait qu'on avait « amalgamé trop de choses dans la procédure ». Deuxièmement, les sociétés n'ont pas démontré que le coût serait disproportionné. Troisièmement, la décision du service explique la logique : « Imposer une mesure de blocage aux principaux fournisseurs de services de résolution DNS alternatifs contribue à renforcer l'efficacité de l'injonction de blocage imposée aux FAI », et la combinaison vise à « décourager les utilisateurs qui cherchent à accéder à des contenus illicites, car leur expérience de consommateurs de matchs de football, auxquels ils sont très attachés en direct, sera perturbée ». Cette dernière phrase est le principe de conception de tout le dispositif. Les blocages sont intermittents à dessein, activés une heure et demie avant le coup d'envoi pour que « les utilisateurs aient plus de mal à anticiper le blocage et à le contourner à l'avance ». L'ordonnance couvre les compétitions belges, dont la Jupiler Pro League ; DAZN peut déposer une mise à jour de liste par semaine, de 100 domaines au plus, sans calendrier fixe. Les résolveurs ont trois mois pour s'exécuter. Le tribunal a aussi accordé deux concessions aux sociétés : pas d'obligation d'afficher une page d'avertissement, puisqu'on ne peut l'imposer à un résolveur, et pas d'astreinte pour un sous-blocage dû à une erreur exceptionnelle de géolocalisation.

100 000 €d'astreinte quotidienne en cas de non-respect, désormais comptée les jours de match DAZN seulement, plafonnée à 20 millions d'euros par société
58 → 258domaines sur la liste de blocage depuis la première ordonnance, jusqu'à 100 ajouts par semaine autorisés
90 minavant le coup d'envoi, les blocages s'activent pour être difficiles à anticiper
3 moisaccordés aux résolveurs pour appliquer les mesures ; Cisco dit qu'il retirera OpenDNS à la place

Pourquoi Cisco part et pourquoi Google et Cloudflare restent

Les trois sociétés ont combattu l'ordonnance ; une seule s'en va. Google et Cloudflare se sont conformés à l'ordonnance initiale de 2025 chacun à leur manière, en refusant les réponses pour les domaines listés aux utilisateurs que leurs systèmes situent en Belgique, et le nouveau jugement ne change rien pour eux. La position de Cisco est qu'OpenDNS « ne permet pas la mise en œuvre d'un blocage sélectif, géolocalisé et dynamique tel que l'exige l'ordonnance », que l'ajouter « compromettrait la performance, la stabilité et la sécurité de ce service », et que quitter le pays est la seule mesure que la société est « techniquement en mesure » d'appliquer. Le service accepte ce retrait comme une exécution. C'est le même choix que Cisco a fait en France en 2024, quand un tribunal parisien a ordonné aux grands résolveurs de bloquer les pirates sportifs pour Canal+, et au Portugal ; le schéma, c'est que la société à la plus petite empreinte grand public dans un pays se retire plutôt que de construire la machinerie. Cette machinerie est le cœur du sujet. Un résolveur qui géorepère ses réponses pour un tribunal se le verra demander par le suivant, et la propre contribution de Google à la Commission européenne cet été soutenait que le blocage DNS et VPN est inefficace et nuisible précisément parce que chaque blocage se contourne trivialement et que chaque couche ajoutée casse quelque chose pour quelqu'un d'autre. Bruxelles a entendu le même argument et a répondu que la gêne est le but.

Ce qui n'est pas confirmé : le jugement du 20 août n'a pas été publié, son raisonnement n'est connu qu'à travers le résumé du service. Cisco a dit vouloir faire appel mais n'avait pas publié de déclaration formelle au moment de l'article de TorrentFreak ; la date du second retrait d'OpenDNS n'est pas fixée, et le service fonctionne encore en Belgique pour l'instant. La façon dont Google et Cloudflare géreront une liste qui change chaque semaine dans une fenêtre de cinq jours n'est pas décrite. Une autre ordonnance belge de juillet avait épargné les fournisseurs de DNS ; on ignore si cette approche survit à ce jugement.

Ce qui change pour un téléspectateur en Belgique

Jusqu'ici, le contournement standard d'un blocage par un FAI belge consistait à pointer le routeur ou le téléphone vers 1.1.1.1 ou 8.8.8.8 et à continuer. Cette porte est fermée pour les domaines de la liste DAZN, et elle se ferme selon un calendrier conçu pour être imprévisible. Ce qui reste n'a rien d'exotique. Un résolveur que vous faites tourner vous-même, sur un serveur domestique ou une machine louée, répond depuis la racine et n'a reçu aucune ordonnance ; un VPN déplace la requête DNS et le trafic vers un autre pays, où la liste belge ne s'applique pas. Ni l'un ni l'autre n'est illégal en Belgique : l'ordonnance lie les intermédiaires, pas les téléspectateurs, et ne dit rien des VPN. Il faut aussi voir clairement ce que l'ordonnance protège. Les sites de la liste sont des flux pirates ; DAZN a payé les droits et est en droit de les faire respecter. Le coût de la méthode d'exécution est ce sur quoi les trois résolveurs ont plaidé et perdu : un tribunal national a confirmé qu'il peut dire à un résolveur mondial ce qu'il doit répondre, et le texte du service lui-même dit que l'objectif est de rendre le visionnage plus difficile, pas de faire disparaître les flux. Pour quiconque utilise un résolveur public pour des raisons sans rapport avec le football, vie privée, vitesse, filtrage des logiciels malveillants, la leçon est que les réponses du résolveur ne dépendent plus seulement d'Internet. Elles dépendent du pays où le résolveur pense que vous êtes et de ce que ses tribunaux ont dit cette semaine-là.

Qu'a décidé le tribunal de Bruxelles ?
Le 20 août 2026, il a rejeté le recours de Google, Cloudflare et Cisco contre l'ordonnance DAZN, jugeant que les résolveurs DNS publics peuvent techniquement bloquer des domaines et que les sociétés n'avaient pas démontré un coût disproportionné. L'astreinte de 100 000 € par jour demeure, limitée aux jours de match DAZN et plafonnée à 20 millions d'euros par société.
Comment le blocage fonctionne-t-il en pratique ?
DAZN peut soumettre une mise à jour par semaine de 100 domaines au plus, au moins sept jours ouvrables avant la journée visée ; les résolveurs ont cinq jours ouvrables pour appliquer. Les blocages s'activent 90 minutes avant le coup d'envoi. La liste est passée de 58 à 258 domaines.
OpenDNS quitte-t-il la Belgique ?
Cisco a indiqué au service anti-piraterie qu'il suspendrait OpenDNS en Belgique plutôt que de mettre en œuvre un blocage sélectif, géolocalisé et dynamique, et le service accepte cela comme une exécution. Cisco entend faire appel ; pour l'instant le service fonctionne encore et aucune date n'est fixée.
Et Google et Cloudflare ?
Tous deux se sont conformés à l'ordonnance de 2025 en refusant les réponses pour les domaines listés aux utilisateurs situés en Belgique et continueront ; le nouveau jugement ne change pour eux que les mises à jour hebdomadaires de la liste.
Est-il légal d'utiliser un VPN ou son propre résolveur en Belgique ?
Oui. L'ordonnance s'adresse aux FAI et aux résolveurs DNS en tant qu'intermédiaires ; elle n'impose aucune obligation aux téléspectateurs et ne mentionne pas les VPN. Regarder des flux pirates reste une atteinte aux droits de DAZN quelle que soit la route empruntée.

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