Une cour d'appel française vient de relier le compte bancaire gelé d'un homme à quelques publications expliquant comment changer de DNS. La cour d'appel de Paris a jugé ce mois-ci que près de 197 000 euros appartenant à un ancien prestataire d'Uptobox restent gelés. Non pas parce qu'il dirigeait l'hébergeur de fichiers, mais parce qu'il a expliqué publiquement comment contourner le blocage ordonné par la justice.
Ce qui s'est réellement passé
Uptobox était l'une des plus grosses plateformes européennes d'hébergement de fichiers jusqu'en septembre 2023, quand l'Alliance for Creativity and Entertainment, dont font partie Disney, Amazon, Apple, Netflix, Paramount et Warner Bros., a obtenu des décisions ayant mené à la saisie simultanée des serveurs en France et aux Émirats arabes unis. Avant la fermeture, les fournisseurs d'accès français avaient déjà reçu l'ordre de bloquer le site.
L'homme au centre de cette décision, connu en ligne sous le pseudonyme "Starouille", travaillait comme prestataire technique sur les serveurs. Disney soutenait qu'il était dirigeant de fait, en s'appuyant notamment sur la mention CTO qu'il utilisait sur les réseaux sociaux. Les documents racontaient une histoire plus banale: un poste de Technical Liaison Level 1 chez l'hébergeur Opcore, à installer, entretenir et mettre à niveau des machines.
Les publications qui lui ont coûté 197 000 euros
Pendant que le blocage était en vigueur, il a écrit sur X qu'il fallait "changer le DNS sur tous vos appareils", en renvoyant vers une page décrivant la procédure, et a mentionné un domaine de secours. Il a aussi publié une marche à suivre pour une box très répandue en France. Quand un autre utilisateur de X lui a demandé si cela concernait une décision de justice, il a répondu qu'Uptobox n'était pas condamné et que seuls quatre fournisseurs avaient reçu l'ordre de bloquer.
- Saisie initialement autorisée: jusqu'à 16,127 millions d'euros.
- Réellement gelés: environ 197 000 euros sur un compte BNP Paribas.
- Demande de Disney après appel: 306 000 euros, calculés à partir des abonnements Disney+ que le groupe estime avoir perdus entre 2020 et 2023.
Pourquoi l'argent est resté gelé
En janvier 2025, un juge de l'exécution avait donné raison au prestataire et ordonné la libération des fonds, faute de preuve d'un rôle de direction. Disney a fait appel. Ce mois-ci, la cour d'appel a confirmé ce point central, Disney n'a pas démontré la direction de fait, tout en refusant de dégeler l'argent. Le raisonnement s'est déplacé: les publications montrent qu'il connaissait les décisions de blocage et leur fondement en droit d'auteur, et en diffusant un contournement, il a rendu une future demande contre lui suffisamment plausible pour justifier une mesure conservatoire.
Deux éléments comptent ici. Il s'agit d'une mesure provisoire, pas d'une reconnaissance de responsabilité, et l'affaire au fond reste pendante. Mais le résultat pratique est clair: publier des instructions DNS a été traité comme un acte doté d'un poids juridique propre, indépendant de tout rôle dans l'exploitation de la plateforme.
Ce n'est pas le contournement qui est visé, mais le fait de l'expliquer
Le blocage de sites s'étend en France depuis des années, des fournisseurs d'accès à l'infrastructure et aux outils de confidentialité. Un tribunal de Paris a ordonné à cinq grands VPN de bloquer des flux pirates, et plus tôt la France a imposé à ProtonVPN de bloquer une liste de domaines pirates. Cette décision ajoute une couche. Il ne s'agit plus d'un outil qui contourne un blocage, mais d'une personne qui décrit comment le contourner.
Cette distinction dépasse largement le piratage. Changer de résolveur DNS est un conseil standard dans les guides de sécurité et de vie privée, enseigné par les ingénieurs réseau, recommandé contre le filtrage au niveau du fournisseur, et utilisé au quotidien par des gens qui n'ont rien à voir avec le droit d'auteur. Google a dit à la Commission européenne que bloquer au niveau du DNS et des VPN est inefficace et nuisible, précisément parce que cela frappe le trafic ordinaire. Si expliquer un contournement pour défendre la plateforme qui vous emploie peut geler vos économies, la question ouverte est de savoir où les tribunaux placeront la limite pour la documentation courante, les forums et les fils d'assistance.
Où les tribunaux tracent la ligne
Les juridictions européennes ne vont pas toutes dans le même sens. La plus haute juridiction de l'UE a jugé que les fournisseurs de VPN ne sont pas responsables lorsque des utilisateurs contournent le géoblocage, traitant la technologie comme licite. Ailleurs, la répression s'élargit: la Cour fédérale du Canada vient d'approuver une ordonnance qui couvre des sites pirates qui n'existent pas encore. La décision Uptobox se situe exactement au point de rencontre de ces deux tendances: l'outil est protégé, la phrase qui l'explique est sanctionnée.
Pour tous les autres, la leçon pratique porte sur votre propre connexion, pas sur la publication. Changer de résolveur DNS ne déplace que la résolution des noms; un tunnel chiffré déplace le trafic lui-même et emporte le résolveur avec lui, ce qui explique pourquoi le filtrage à ce niveau échoue régulièrement et pourquoi les régulateurs continuent d'y revenir. Pour comprendre ce qui résiste vraiment au filtrage des fournisseurs et ce qui n'en a que l'apparence, notre guide sur le contournement de la censure et du DPI détaille la différence.