Un tribunal parisien a ordonne a ProtonVPN de bloquer 31 domaines hebergeant des diffusions sportives illegales, rejetant toutes les defenses juridiques du fournisseur VPN - y compris la neutralite du net, les risques de surblockage et l'impossibilite technique d'un blocage geografiquement limite. Les decisions de janvier 2026 marquent une escalade significative: pour la premiere fois, un tribunal francais a officiellement traite un service VPN comme un intermediaire soumis aux memes obligations de filtrage de contenu qu'un fournisseur d'acces a internet.
Deux ordonnances, 31 domaines bloques
Le Tribunal judiciaire de Paris a rendu deux ordonnances de blocage distinctes les 28 et 29 janvier 2026. La premiere, a la demande de la Premier League, obligeait ProtonVPN a bloquer 16 domaines diffusant des matchs en direct sans autorisation. La seconde, deposee par le gouvernement de la ligue de rugby Top 14, ajoutait 15 domaines supplementaires. Les deux ordonnances sont limitees dans le temps - jusqu'au 24 mai et au 27 juin 2026 respectivement - et comprennent un mecanisme dynamique permettant aux titulaires de droits d'ajouter de nouveaux domaines pirates sans retourner devant le tribunal, sous la supervision de l'ARCOM.
Les ordonnances ne visaient pas uniquement ProtonVPN. Les FAI francais, dont Orange, SFR, Free et Bouygues Telecom, ainsi que les resolveurs DNS exploites par Google, Cloudflare et Quad9, ont recu des demandes de blocage paralleles. Mais l'affaire ProtonVPN a suscite le plus d'attention parce que l'entreprise a choisi de se battre devant les tribunaux - et a perdu sur tous les points.
Les arguments de ProtonVPN - et pourquoi le tribunal les a rejetes
ProtonVPN a construit une defense juridique multicouche. La societe a conteste la juridiction du tribunal, exige des preuves de propriete des droits et invoque le reglement europeen sur l'internet ouvert comme bouclier contre le filtrage obligatoire du trafic. Elle a egalement souleve un argument fonde sur l'Accord general de l'OMC sur le commerce des services, et, plus particulierement, a soutenu que sa technologie rendait le blocage geografiquement limite techniquement impossible - toute mesure d'execution forcerait un blocage mondial, causant un prejudice disproportionne aux utilisateurs hors de France.
Le tribunal n'a pas ete convaincu. L'argument de la neutralite du net a ete rejete comme "trop vague". La pretendue impossibilite technique a echoue parce que ProtonVPN n'a presente "aucune preuve technique quantifiable et verifiable". Sur le surblockage, le tribunal a juge que les mesures de blocage sont "limitees en portee et en duree" et ne souleve donc pas de preoccupations legitimes. Le jugement a declare clairement: "Dans ces circonstances, l'argument est non fonde. Il n'y a pas de base pour accorder la demande subsidiaire de Proton d'incompatibilite avec le droit europeen."
La question du surblockage reste non resolue
Les critiques des lois de blocage du piratage sportif ont longtemps averti que forcer les intermediaires a filtrer le trafic entraine des dommages collateraux - des sites web legitimes partageant des adresses IP, des serveurs ou une infrastructure de domaine avec des plateformes pirates peuvent etre inclus dans des ordonnances destinees a d'autres cibles. L'argument technique de ProtonVPN portait precisement sur ce risque: un VPN ne peut pas bloquer selectivement un domaine uniquement pour les utilisateurs francais sans affecter egalement sa base d'utilisateurs mondiale.
La reponse du tribunal - que le blocage est "limite en portee" - laisse cette preoccupation sans reponse plutot que resolue. La nature dynamique des ordonnances, qui permettent aux titulaires de droits d'ajouter de nouveaux domaines, souleve des questions supplementaires sur le respect de la procedure et le risque d'extension progressive. ProtonVPN a indique son intention de porter l'affaire devant la plus haute juridiction europeenne, arguant que la decision est en conflit avec le droit de l'UE sur l'acces ouvert a internet.
Un precedent qui pourrait remodeler le fonctionnement des VPN en Europe
L'implication pratique des decisions parisiennes est claire: les tribunaux francais traitent desormais les fournisseurs VPN comme des intermediaires de reseau soumis aux memes obligations legales que les FAI. Cette classification a un poids considerable. Les FAI francais operent depuis des annees sous des regimes de blocage obligatoire, mettant en oeuvre des blocages DNS et IP a grande echelle sur ordre des titulaires de droits et des regulateurs. Si les fournisseurs VPN sont places dans la meme categorie juridique, ils font face non seulement aux ordonnances actuelles mais a un flux croissant de demandes futures liees a chaque grande saison de diffusion sportive.
Des procedures paralleles en Espagne ont deja etendu une logique similaire a d'autres fournisseurs VPN dans le cadre des actions de LaLiga. La France et l'Espagne n'operent pas dans un vide juridique - leurs tribunaux s'appuient sur le cadre europeen en evolution sur la responsabilite des plateformes en ligne, et les resultats a Paris et Madrid seront etroitement surveilles par les tribunaux de tout le continent.
Pour les utilisateurs qui s'appuient sur des services axes sur la confidentialite pour proteger leur trafic internet, l'expansion de la portee du filtrage de contenu ordonne par les tribunaux est un defi direct aux garanties que ces services ont traditionnellement offertes. A mesure que les fournisseurs VPN sont contraints de mettre en oeuvre des blocages au niveau du reseau, la distinction entre un outil de confidentialite et un intermediaire de communication reglemente devient de plus en plus difficile a maintenir.
Conclusion
• ProtonVPN Fights French Pirate Site Blockades, But Court Rejects Overblocking Fears - TorrentFreak
• French Court Orders Popular VPNs to Block More Pirate Sites, Despite Opposition - TorrentFreak
• Paris Court Issued Simultaneous Site Blocking Orders Against ISPs, DNS Resolvers and VPNs - TorrentFreak