Le Trésor américain renonce à tracer les mixeurs crypto et les portefeuilles personnels
Le Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN), l'agence du Trésor américain chargée de la lutte contre la criminalité financière, a retiré deux projets de règles qui auraient permis de suivre les utilisateurs de cryptomonnaies envoyant des fonds via des mixeurs ou conservant leurs jetons dans leurs propres portefeuilles. Les deux retraits ont été publiés au Federal Register le 6 octobre et sont entrés en vigueur le jour même. L'une des règles datait de décembre 2020, l'autre d'octobre 2023. Aucune n'avait été adoptée.
Les deux règles
Le projet de 2020 visait les portefeuilles « non hébergés » (unhosted), c'est-à-dire les portefeuilles que l'utilisateur contrôle sans banque ni plateforme d'échange intermédiaire. Les banques et les entreprises de services monétaires auraient dû conserver des justificatifs et vérifier l'identité du client pour tout transfert supérieur à 3 000 $ vers un tel portefeuille ou depuis celui-ci, et déclarer à FinCEN les transferts supérieurs à 10 000 $, y compris plusieurs transferts dont le total dépasse 10 000 $ sur 24 heures. Les mêmes obligations se seraient appliquées aux portefeuilles détenus auprès de prestataires étrangers situés dans des juridictions désignées par FinCEN.
Le projet de 2023 allait plus loin. Sur le fondement de la section 311 du USA PATRIOT Act, FinCEN avait jugé que le mixage international de cryptomonnaies constituait « une catégorie de transactions présentant une préoccupation majeure en matière de blanchiment d'argent ». Les banques et les entreprises du secteur auraient dû déclarer toute transaction soupçonnée d'impliquer du mixage, en indiquant le montant, les adresses de portefeuille, les hachages de transaction et l'adresse IP du client, et conserver le nom, la date de naissance, l'adresse postale et l'adresse e-mail du client. La définition du mixage était large : elle couvrait le regroupement de jetons de plusieurs utilisateurs, le fractionnement d'un transfert en de nombreux transferts plus petits, l'utilisation d'adresses à usage unique, l'échange d'une cryptomonnaie contre une autre et même les délais d'envoi choisis par l'utilisateur.
Pourquoi FinCEN a reculé
FinCEN affirme croire toujours que « des acteurs illicites continuent d'utiliser des mixeurs » pour entraver les enquêtes. Mais elle a retiré la règle de 2023 parce que des commentateurs avaient averti que « la définition étendue du mixage de CVC dans le projet de règle pourrait avoir un effet dissuasif sur les activités légitimes et imposer une lourde charge de déclaration aux institutions financières concernées ». L'avis cite un rapport de la Maison-Blanche sur les actifs numériques de juillet 2025, selon lequel « l'administration Trump soutient la possibilité pour les utilisateurs légitimes d'actifs numériques d'effectuer des transactions privées sur une blockchain publique » et qui reconnaissait que les utilisateurs légitimes « peuvent recourir à des mixeurs pour préserver la confidentialité financière ».
La règle sur les portefeuilles non hébergés a été retirée « dans le cadre des efforts continus de l'administration Trump pour que la réglementation des actifs numériques soit adaptée à son objet », et FinCEN indique qu'elle « ne donnera aucune autre suite » à ce dossier. L'avis sur les mixeurs est moins définitif : FinCEN « continuera de surveiller les activités impliquant des mixeurs de CVC » et « pourra prendre des mesures appropriées à l'avenir ».
Ce qui change pour les utilisateurs
Pour l'instant, un transfert depuis une plateforme américaine vers votre propre portefeuille ne déclenchera ni vérification d'identité distincte ni déclaration à FinCEN au titre de ces projets, et l'usage d'un mixeur n'inscrira pas automatiquement une transaction sur une liste de déclaration. Les règles habituelles de lutte contre le blanchiment restent en vigueur : les plateformes vérifient toujours l'identité de leurs clients à l'ouverture d'un compte et déposent toujours des déclarations d'activité suspecte.
Le groupe de réflexion sur les cryptomonnaies Coin Center, qui s'opposait depuis des années aux deux projets, a salué la décision tout en prévenant que « le pouvoir légal sous-jacent permettant de créer de nouvelles règles aussi mauvaises subsiste ». La loi qui rendait ces règles possibles n'a pas changé, et une future administration pourrait les rédiger de nouveau.
• Proposal of Special Measure Regarding Convertible Virtual Currency Mixing; Withdrawal - Federal Register
• Requirements for Certain Transactions Involving Convertible Virtual Currency or Digital Assets; Withdrawal - Federal Register
• Treasury Kills Crypto 'Unhosted Wallet' and Mixer Surveillance Rules - Decrypt