Meta jugée à cause des enfants : les États chiffrent les amendes jusqu’à 1 400 milliards
Le 12 août, la sélection du jury a commencé devant un tribunal fédéral d’Oakland, en Californie, dans l’affaire que quatre États américains ont portée contre Meta. Les États affirment que Facebook et Instagram sont conçus exprès pour retenir l’attention des enfants et que l’entreprise a collecté des données d’utilisateurs de moins de 13 ans sans le consentement des parents. Les plaidoiries d’ouverture sont fixées au 18 août, le procès doit durer six à sept semaines et un verdict est attendu début octobre.
Qui attaque et pourquoi
La plainte date de 2023 et émane des procureurs généraux de 29 États. Quatre passent en premier : Californie, Colorado, Kentucky et New Jersey. Le grief se divise en deux. Le premier porte sur la conception : filtres photo, compteurs de likes visibles, notifications et fil de recommandation ne sont pas décrits comme des fonctions neutres mais comme des mécanismes réglés pour maintenir un adolescent dans le défilement. Le second porte sur les données : la collecte régulière d’informations sur des enfants de moins de 13 ans sans le consentement parental, ce qui aux États-Unis viole directement la loi fédérale.
La somme qui circule dans les titres vient des plaignants, pas de l’entreprise. Dans leurs écritures, les États ont calculé que les amendes pourraient atteindre 1 400 milliards de dollars, soit à peu près toute la valeur boursière de Meta. Ce chiffre est un plafond dans une argumentation, pas une facture : aucun tribunal n’a rien accordé à ce stade.
Ce que les États demandent en plus de l’argent
- Restituer les profits tirés des utilisateurs mineurs.
- Refaire les fonctions qui retiennent les jeunes dans le fil, par décision de justice et non par communiqué.
- Améliorer la vérification de l’âge, pour que les plateformes sachent réellement qu’elles ont affaire à un enfant.
- Imposer des réglages de confidentialité stricts par défaut pour les mineurs et accepter un contrôle extérieur.
Le troisième point est celui à surveiller depuis l’extérieur des États-Unis. La vérification de l’âge arrive depuis deux ans par les parlements : Royaume-Uni, Union européenne, Australie. Ici, elle pourrait arriver par une salle d’audience, comme mesure imposée à une entreprise, que les autres plateformes copieraient par précaution.
Ce que répond Meta
La défense tient en deux lignes. L’addiction aux réseaux sociaux ne serait pas un diagnostic reconnu, et Facebook et Instagram ne viseraient de toute façon pas les enfants, quoi qu’en disent les documents internes ; l’entreprise met aussi en avant la version adolescente d’Instagram lancée récemment. La juge Yvonne Gonzalez Rogers a écarté ces deux arguments avant l’ouverture, comme elle avait écarté les tentatives précédentes de clore l’affaire au nom de la liberté d’expression et de la loi qui exonère les plateformes de responsabilité pour les contenus des utilisateurs.
Pourquoi un tribunal américain décide pour tout le monde
Les plateformes construisent rarement un produit par pays. Quand une obligation coûte cher à mettre en place, le moins cher est de l’appliquer partout : c’est ainsi que les exigences européennes de transparence et les règles britanniques sur l’âge ont fini par façonner ce que voient des utilisateurs dans des pays qui n’ont rien voté de tel. Une refonte ordonnée en Californie suivrait le même chemin.
Le coût en vie privée est ce qui disparaît sous le titre. Une vérification d’âge fiable suppose un document, une estimation par le visage ou un tiers qui se porte garant, et chacune de ces voies transforme une visite anonyme en visite identifiée. Une mesure écrite pour protéger les enfants peut devenir discrètement le moment où le reste d’internet cesse d’être anonyme, si le texte n’y prend pas garde.
Où se situe le VPN
Un VPN déplace la connexion, pas l’identité. Si une plateforme réclame un document ou un scan du visage rattaché au compte, aucun tunnel ne supprime cette demande, et ce que l’entreprise a déjà collecté reste collecté. Ce que fait un VPN, c’est empêcher que le réseau où vous êtes devienne une deuxième source d’informations sur vous. La précision compte, car la vérification de l’âge est justement le sujet où l’on attend des outils de confidentialité plus qu’ils ne peuvent.
La suite
Plaidoiries d’ouverture le 18 août, environ six semaines d’audition, un verdict attendu début octobre, puis la seconde phase où la juge décidera ce que Meta doit changer. Les vingt-cinq autres États attendent derrière ce procès avec les mêmes griefs. Quoi que dise le jury, le document intéressant sera la mesure imposée, pas la somme : c’est ce texte que lira toute l’industrie.