Un juge américain laisse un studio identifier des utilisateurs de torrents via Gmail
Un juge fédéral américain a autorisé le studio de films pour adultes FlavaWorks à envoyer des injonctions (subpoenas) à Google, Yahoo, Microsoft et trois autres entreprises pour identifier les utilisateurs du tracker torrent privé Gay-Torrents.org. Le studio ne passera pas par les adresses IP relevées dans les essaims torrent, mais par les comptes e-mail utilisés pour s'inscrire sur le site. Le juge John Robert Blakey, du district nord de l'Illinois, a fait droit à la demande le 14 octobre. TorrentFreak a révélé la décision le 27 octobre.
FlavaWorks a poursuivi les gérants du tracker et 325 de ses utilisateurs en début d'année. Le site a fermé peu après, et le studio a ensuite réduit la liste à 39 utilisateurs. La plupart d'entre eux, ainsi que plusieurs administrateurs, restent désignés comme des John Doe anonymes.
Ce que les injonctions peuvent exiger
L'ordonnance vise Google, Yahoo, Microsoft, AT&T, Cloudflare et Newfold Digital, propriétaire de Bluehost. Chaque injonction se limite aux adresses e-mail des défendeurs hébergées chez ce fournisseur. Pour la période à partir du 1er janvier 2025, les entreprises peuvent être sommées de fournir :
- Identité : le nom du titulaire, son adresse postale et son numéro de téléphone.
- Adresses liées : les adresses e-mail secondaires, de récupération ou de double authentification enregistrées.
- Dernière connexion : la dernière adresse IP utilisée pour accéder au compte, avec la date et l'heure.
Selon la liste du studio, 22 défendeurs utilisent Gmail, neuf Yahoo, trois Hotmail et un AT&T. Deux autres ont des domaines privés enregistrés via Cloudflare et Bluehost. Le juge a rejeté une partie de la demande : FlavaWorks voulait aussi les noms et adresses de facturation détenus par les messageries et une injonction visant le service de paiement Stripe, et n'a obtenu ni l'un ni l'autre.
Pourquoi le studio a laissé de côté les adresses IP
Dans les affaires de torrent, les ayants droit relèvent généralement les adresses IP dans un essaim et demandent aux fournisseurs d'accès qui paie la connexion. FlavaWorks affirme avoir aussi des données IP sur les défendeurs, mais a préféré les comptes e-mail en reprenant un argument habituellement avancé par les défendeurs. « Une adresse IP identifie un abonnement Internet, pas une personne, écrit le studio. Elle renvoie à celui qui paie la facture d'un foyer, d'un bureau, d'un réseau universitaire ou d'un pool d'adresses partagé chez l'opérateur, et elle peut être masquée par un VPN. » Un compte e-mail, lui, appartiendrait à une seule personne.
C'est là le point faible de ceux qui masquent leur IP mais s'inscrivent avec une adresse personnelle. Un VPN ne change rien à ce que Gmail ou Yahoo savent déjà du titulaire : son numéro de téléphone, son adresse de récupération et l'IP de sa dernière connexion s'il s'est connecté une seule fois sans VPN.
Un administrateur manque à la liste. Cette personne utilisait une adresse ProtonMail, et une injonction civile américaine ne s'applique pas directement à l'entreprise suisse. Proton relève du droit suisse, et son service VPN a rejeté les 47 décisions de justice demandant d'identifier des utilisateurs, faute de journaux.
Comment le studio a obtenu les adresses e-mail
Sur un tracker accessible sur invitation, seuls les gérants voient normalement les adresses e-mail des membres. Les documents judiciaires ne disent pas comment FlavaWorks les a obtenues. Dans un rapport d'étape de septembre, le studio indique avoir « également obtenu la coopération d'une personne ayant une connaissance directe du fonctionnement du site ». Les membres poursuivis ont été choisis parce que l'e-mail de leur compte sur le tracker correspondait à un compte sur l'un des sites de FlavaWorks.
Les données ne seront pas transmises immédiatement. L'ordonnance permet aux utilisateurs et aux fournisseurs de demander l'annulation des injonctions, mais le dossier n'en mentionne aucune pour l'instant. Google avait invoqué le premier amendement contre une injonction similaire de FlavaWorks plus tôt cette année, mais selon le studio, l'entreprise a ensuite fourni des données d'abonnés dans cette affaire. Certains membres ont déjà transigé, dont un défendeur dans une autre plainte de FlavaWorks fondée sur la loi anti-racket RICO contre 75 utilisateurs du même tracker.