Une coalition avec Google et Cloudflare s'oppose au blocage antipiratage par les VPN

22.10.2026 4 min 4

L'Internet Infrastructure Coalition (i2Coalition), une organisation professionnelle qui compte parmi ses membres Amazon, Cloudflare et Google, publie un rapport selon lequel les obligations de blocage antipiratage imposées aux fournisseurs de VPN peuvent toucher bien plus que les applications VPN grand public. Le rapport « VPNs at Risk » est paru le 21 octobre, Journée mondiale du chiffrement. Il est porté par la VPN Trust Initiative de la coalition, dont les membres fondateurs incluent ExpressVPN, NordVPN et Surfshark : le secteur plaide donc sa propre cause.

« Les VPN font partie de l'architecture de sécurité dont les particuliers et les entreprises dépendent chaque jour », a déclaré Christian Dawson, directeur exécutif de la coalition.

Selon le rapport, VPN grand public et VPN d'entreprise reposent sur la même technique

L'argument central est technique. L'accès à distance d'une entreprise, un tunnel entre deux bureaux et un service VPN grand public peuvent fonctionner avec les mêmes protocoles, comme WireGuard et OpenVPN. Les mesures qui cherchent à repérer ou à bloquer le trafic VPN par protocole, port ou adresse IP « distinguent moins bien les différents usages d'une même technologie », note le rapport. Les obligations imposées aux centres de données et aux fournisseurs de cloud qui hébergent des serveurs VPN peuvent aussi déborder sur d'autres clients.

Le second argument porte sur la responsabilité. Le rapport cite l'arrêt de la Cour suprême des États-Unis de 2026 dans l'affaire Cox contre Sony : savoir que certains clients détournent un service ne suffit pas, à lui seul, à établir une contrefaçon par complicité. « Si les fournisseurs engagent leur responsabilité du seul fait que des services généralistes peuvent être détournés, ils peuvent être fortement incités à résilier des utilisateurs, restreindre l'accès ou intervenir préventivement », avertissent les auteurs.

La France est le principal exemple de cette extension des obligations. En mai 2025, le tribunal judiciaire de Paris a ordonné, à la demande de Canal+, à NordVPN, CyberGhost, Surfshark, ExpressVPN et Proton VPN de bloquer 203 domaines de diffusion sportive pirate, et d'autres décisions ont suivi. Le rapport décrit comment des obligations « imposées à une couche d'Internet peuvent migrer vers une autre » dès que les utilisateurs contournent un blocage, et rappelle que le blocage par IP ou par domaine peut frapper des services légaux partageant une adresse avec la cible.

Les autres études de cas concernent moins le piratage. Les règles indiennes de conservation des données de 2022 ont poussé ExpressVPN, Surfshark et NordVPN à retirer leurs serveurs du pays. La Russie bloquerait OpenVPN et WireGuard au niveau du réseau. Le Royaume-Uni a pris le chemin inverse : après un vote de la Chambre des lords en janvier 2026 pour interdire les VPN commerciaux aux enfants, le gouvernement a étudié les données, constaté que les enfants utilisent peu les VPN pour contourner la vérification d'âge, et retenu une autre approche.

Les projets de loi américains ne figurent pas encore dans le rapport

À Washington, deux propositions de loi concurrentes sur le blocage de sites sont en attente, rappelle TorrentFreak. L'American Copyright Protection Act du représentant Darrell Issa permettrait aux tribunaux d'ordonner aux FAI, aux résolveurs DNS et aux fournisseurs de VPN comptant au moins 100 000 utilisateurs mensuels aux États-Unis de bloquer des sites pirates étrangers. Le DEFEND IP Act de la représentante Zoe Lofgren et du sénateur Thom Tillis exclut explicitement les services qui ne proposent qu'un VPN. Le rapport ne cite ni l'un ni l'autre. « Nous comptons revenir sur la législation américaine dans une prochaine mise à jour, au fil du débat », a indiqué Christian Dawson à TorrentFreak. Darrell Issa prend sa retraite à la fin de l'année et Thom Tillis quitte le Sénat en janvier : les deux textes devraient avancer avant la fin de la session.

Le rapport ne réclame pas d'exemption générale pour les VPN. Il demande aux législateurs d'identifier le préjudice précis, de prouver qu'une mesure le réduirait et de faire peser les obligations sur ceux qui « peuvent raisonnablement connaître, contrôler et traiter » le problème, en consultant tôt les experts techniques. Il dresse aussi une liste pour les fournisseurs : audits indépendants, rapports de transparence et coopération avec les procédures légales légitimes. La coalition présente le rapport comme un document évolutif, qu'elle mettra à jour au fil des affaires françaises et américaines.

vpnpiratageblocage de sitesfranceétats-unisdroit d'auteurcloudflaregoogleamazonnordvpnexpressvpnsurfsharkwireguardopenvpncensure

À lire aussi