Proton héberge la carte de 300 000 appareils Flock que Flock voulait faire retirer
Proton, l'entreprise suisse derrière Proton Mail et Proton VPN, héberge désormais une carte publique de plus de 300 000 appareils installés par Flock Safety, le fabricant américain de caméras de lecture automatique de plaques d'immatriculation. La carte a été réalisée par le chercheur en sécurité Joshua Michael, visé depuis sa publication en septembre par une plainte pour atteinte à la marque et une mise en demeure de Flock. Proton dit vouloir préserver l'accès à un projet de recherche dont l'auteur fait l'objet de menaces juridiques, a rapporté CyberInsider le 23 octobre.
Ce que montre la carte
La carte sur proton.me recense plus de 170 000 caméras et plus de 130 000 autres appareils Flock. Une recherche par code postal permet de voir les caméras proches de chez soi ou sur un trajet. Flock a publiquement évoqué environ 120 000 caméras : l'inventaire de Michael est donc supérieur d'environ 40 % au chiffre de l'entreprise. Selon la page de Proton, le réseau Flock traite plus de 20 milliards de passages de véhicules par mois dans 49 États.
Les données datent de décembre 2025 : les caméras installées ou retirées depuis n'y figurent pas. Contrairement aux projets bénévoles comme DeFlock, où des volontaires signalent les caméras qu'ils repèrent, cet inventaire provient des systèmes de Flock eux-mêmes.
Comment les données sont sorties
En novembre 2025, Michael a constaté que le site de Flock délivrait un jeton d'accès sans aucune connexion, et que ce jeton permettait de récupérer la position de chaque appareil. Il a signalé la faille, a relancé deux fois faute de réponse, puis a archivé l'inventaire en décembre. Dans un billet de janvier, Flock affirmait n'avoir « jamais été piratée » et qu'il n'y avait « pas eu de fuite d'informations de Flock », selon Straight Arrow News.
Michael a publié un rapport de 160 pages et la carte le 23 septembre 2026. Le lendemain, Doppel, société de protection des marques travaillant pour Flock, a déposé une plainte visant l'usage du nom « Flock Safety », alors que le site précise ne pas être affilié à l'entreprise. Le 25 septembre, Michael a indiqué que Flock lui avait envoyé une mise en demeure menaçant de poursuites et avait dit à ses clients avoir prévenu les forces de l'ordre.
D'après CyberInsider, l'avis de Flock à ses clients indique que l'accès a été fermé en décembre et qu'aucun signe d'accès non autorisé n'avait d'abord été trouvé. Après un nouvel examen en septembre, l'entreprise a relevé une activité anormale liée au jeton, tout en affirmant que les données des clients n'ont pas été touchées. Pour Michael, ce premier constat montre que Flock ne voyait pas qui accédait à ses systèmes. Nous avions présenté ses travaux précédents dans notre article sur la caméra Flock piratée.
Pourquoi l'hébergement en Suisse compte
La position de Proton, résumée par Gadget Review, est qu'une demande de retrait venue de l'étranger a peu d'effet pratique sur un contenu hébergé sur des serveurs suisses sans décision d'un tribunal suisse. C'est l'argument de Proton, pas un jugement, et Flock n'a pas dit publiquement si elle comptait poursuivre l'entreprise.
Une ville vote la même semaine
Le soir du 22 octobre, le conseil municipal de New Bedford, dans le Massachusetts, a voté par 8 voix contre 3 l'interdiction pour la ville d'exploiter des lecteurs de plaques ou de renouveler des contrats pour ces appareils, a rapporté TurnTo10. Les caméras y sont éteintes depuis août, après que deux policiers ont été accusés de s'en servir pour suivre leurs partenaires. Le maire Jon Mitchell a licencié les deux agents le même jour. Il a 10 jours pour signer l'arrêté ou y opposer son veto et a déclaré qu'une interdiction permanente « rendrait notre ville moins sûre », mais huit voix suffisent pour passer outre un veto. Son auteur, le conseiller Shane Burgo, parle d'une mesure temporaire en attendant des règles permanentes, selon The New Bedford Light. Le contrat de Flock avec la ville expire le 12 novembre.
L'usage des données Flock par la police est aussi contesté devant les tribunaux : en octobre, un juge fédéral de l'Oklahoma a jugé inconstitutionnelle une recherche dans le réseau sans mandat.
• Proton hosts map of 300,000 Flock devices amid legal threats - CyberInsider
• Flock camera map - Proton
• Proton Is Hosting a Map of 300,000+ Surveillance Devices - Gadget Review
• Why Flock wants this map taken offline - Straight Arrow News
• Research timeline - Joshua Michael
• New Bedford City Council votes to ban Flock cameras as officers fired for alleged misuse - TurnTo10
• City Council passes temporary ordinance continuing Flock shutdown - The New Bedford Light